Carême 2014 : Convertissez-vous et croyez à l’évangile !

“Voici que nous montons à Jérusalem” (Mc 10, 33). Par ces paroles, le Seigneur invite les disciples à parcourir avec Lui le chemin qui, de la Galilée, mène au lieu où s’accomplira sa mission rédemptrice. Ce chemin vers Jérusalem, que les évangélistes présentent comme le couronnement de l’itinéraire de Jésus sur terre, constitue le modèle de la vie du chrétien, engagé à la suite du Maître sur la voie de la Croix. Cette invitation à “monter à Jérusalem”, le Christ l’adresse également aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.

Pour les croyants, le Carême est donc une bonne occasion pour se livrer à une profonde révision de vie. Dans le monde contemporain, aux côtés de généreux témoins de l’Évangile, il y aussi des baptisés qui, face à l’appel exigeant à entreprendre la “montée vers Jérusalem”, prennent une attitude de sourde résistance et parfois même de rébellion ouverte. Ce sont des situations où l’expérience de la prière est vécue de façon plutôt superficielle, de sorte que la parole de Dieu n’a pas d’incidence sur l’existence. Nombreux sont ceux qui n’accordent aucune signification au sacrement même de la Pénitence et qui ne considèrent la célébration eucharistique dominicale que comme un devoir à remplir.

Comment accueillir l’invitation à la conversion que Jésus nous adresse aussi durant ce Carême ? Comment parvenir à un sérieux changement de vie ? Il s’agit avant tout d’ouvrir notre cœur aux messages parlants de la liturgie. La période qui prépare à la Pâque représente un don providentiel du Seigneur et une possibilité précieuse pour s’approcher de Lui, en rentrant en nous-mêmes et en nous mettant à l’écoute de ses inspirations intérieures.

Il y a des chrétiens qui pensent pouvoir se passer de cette force spirituelle constante, parce qu’ils ne perçoivent pas l’urgence de se confronter avec la vérité de l’Évangile. Ils s’efforcent de vider de leur sens et de rendre inoffensives, pour qu’elles ne troublent pas leur façon de vivre, des paroles comme celles-ci : “Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent” (Lc 6, 27). De telles paroles sont aux yeux de ces personnes fort difficiles à accepter et à traduire en comportements de vie cohérents. En effet, si ces paroles sont prises au sérieux, elles exigent une conversion radicale. La vie humaine quotidienne fait cependant apparaître, avec grande évidence, qu’on ne peut renoncer au pardon et à la réconciliation si l’on veut parvenir à un réel renouveau personnel et social.

L’unique voie de la paix est le pardon. Accepter et accorder le pardon rend possible une nouvelle qualité de rapports entre les hommes, interrompt la spirale de la haine et de la vengeance, et rompt les chaînes du mal qui enserrent le cœur des ennemis. Quelle richesse d’enseignements salutaires contiennent les paroles du Seigneur : “Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes” (Mt 5, 44-45). Aimer celui qui nous a offensés désarme l’adversaire et peut transformer même un champ de bataille en un lieu de coopération solidaire.

C’est là un défi qui concerne les personnes mais aussi les communautés, les peuples et l’humanité entière. Il concerne de façon spéciale les familles. Il n’est pas facile de se convertir au pardon et à la réconciliation. Se réconcilier peut déjà paraître problématique lorsque, au point de départ, se trouve notre propre faute. Si la faute vient de l’autre, se réconcilier peut même être perçu comme une humiliation qui dépasse la raison. Pour une telle démarche, un chemin de conversion intérieure est nécessaire ; il faut le courage de l’humble obéissance au commandement de Jésus. Sa parole ne laisse pas de doute : non seulement celui qui provoque l’inimitié mais aussi celui qui la subit doit chercher la réconciliation (cf. Mt 5, 23-24).

De nos jours, le pardon apparaît toujours plus comme une dimension nécessaire pour un renouveau social authentique et pour l’affermissement de la paix dans le monde. En annonçant le pardon et l’amour des ennemis, l’Église a conscience d’introduire dans le patrimoine spirituel de l’humanité entière une façon nouvelle de vivre en relation avec les autres ; une façon laborieuse, certes, mais riche d’espérance.

“La charité ne tient pas compte du mal” (cf. 1 Co 13, 5). Dans cette expression de la première Lettre aux Corinthiens, l’Apôtre Paul rappelle que le pardon est une des formes les plus élevées de l’exercice de la charité. Le temps du Carême est un temps propice pour mieux approfondir la portée de cette vérité. Par le sacrement de la Réconciliation, le Père nous donne son pardon dans le Christ et cela nous pousse à vivre dans la charité, considérant l’autre non pas comme un ennemi, mais comme un frère. Puisse ce temps de pénitence et de réconciliation encourager les croyants à penser et à agir sous le signe d’une charité authentique, ouverte à toutes les dimensions de l’homme ! Cette attitude intérieure les mènera à porter les fruits de l’Esprit (cf. Ga 5, 22) et à offrir avec un cœur nouveau une aide matérielle à ceux qui sont dans le besoin.

Seul ce don nous aidera à accueillir et à vivre d’une manière toujours plus joyeuse et plus généreuse la charité de Christ, qui “ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, ne se réjouit pas de l’injustice, mais qui met sa joie dans la vérité” (cf. 1 Co 13, 5-6).

D’après les écrits du Bienheureux Jean-Paul II




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