Le Carême, galère ou aubaine ?

Nous sommes dans le grand temps du carême, dans cette montée vers Pâques en compagnie de Jésus. Aussi, nous pouvons nous interroger : éprouvons-nous de la joie, ou au contraire sommes-nous envahis par une sorte de lassitude, ou une certaine appréhension, avec une pensée du style : « vivement que cela se termine ! »

Le carême, et plus particulièrement le carême en famille, est-il pour moi une aubaine, ou une galère ? Si c’est une galère, c’est que je n’ai peut-être pas assez découvert cette joie profonde qu’il y a de vivre uni à Dieu, de me laisser envahir par l’Amour du Père, pour être rendu à mon tour capable d’aimer. Ou bien que pour moi, "carême" rime avec "pratiques difficiles ou ennuyeuses". Mais si mon cœur a été saisi, si un feu, ou une soif ardente couve en moi, alors c’est d’un cœur ouvert que j’entrerai à la suite de Jésus, dans ce temps de grâce qu’est la montée vers Pâques. Tout est là pour m’aider à m’ouvrir davantage à l’amour premier de Dieu-Père, pour moi et pour chacun des membres de ma famille.

En regardant de près Jésus, dans sa route vers Jérusalem, nous voyons que sa passion est d’abord une passion pour son Père, et une passion pour l’homme : le cœur de Dieu "passionné d’amour", tel que l’a entrevu Sainte Marguerite Marie. Luc (22-15) nous rapporte d’ailleurs cette parole de Jésus : "J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous !" C’est cet amour total pour le Père que Jésus est venu nous communiquer, en libérant notre cœur de ses idoles, et de sa dureté. Les souffrances endurées au cours de sa vie, et de sa passion ne peuvent se comprendre qu’à la lumière de ce désir qu’Il a de répondre à l’Amour du Père, et de sa volonté de nous faire renaître à une vie de communion avec Dieu.

Ce n’est donc pas d’abord à un changement de comportement qu’Il nous invite, mais à une conversion de notre regard sur Dieu. C’est avant la première annonce de sa passion que Jésus demandera aux disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Ensuite, après la révélation de Pierre : « tu es le Messie », ils pourront marcher à sa suite en direction de Jérusalem. Il en va de même pour nous.

Dieu emploie presque toujours la même méthode. Il commence par se dévoiler un peu à nous, autant que nous pouvons le recevoir, pour attiser notre désir d’avancer vers la Terre Promise… et petit à petit, à mesure que ce désir grandit, Il nous épure un peu plus, Il nous dépouille, pour que nous devenions de plus en plus simples, ouverts à la grâce et capables de rayonner l’amour reçu.

C’est pour cela que le temps du carême est propice à une traversée du désert. C’est donc d’abord un temps de grâce, où Dieu nous conduit pour nous parler au cœur. Un temps aussi où nous acceptons de "manquer" de quelque chose pour montrer à Dieu qu’Il nous manque, que nous avons besoin de Lui, qu’Il est notre faim essentielle. C’est une renaissance qui se prépare, une "résurrection" dans notre vie.

Il y a quelque temps, à la fin d’une retraite, une femme témoignait ainsi : « j’ai l’impression de revivre vraiment car j’ai enfin pu pardonner à ma mère… » C’était beau, de voir cette personne qui avait accepté de se laisser travailler intérieurement, pour accueillir la grâce du pardon à donner. Mais il lui avait fallu renoncer à ses idées, ses rancunes. Une petite mort à soi-même pour une vraie renaissance.

Et les déserts ne manquent pas dans notre vie, pour peu que nous voulions bien les reconnaître : la monotonie du quotidien, l’adolescent qui prend ses distances, la parole de notre conjoint que nous attendons et qui manque, la soif de reconnaissance, les moments où l’on éprouve la solitude, même au milieu des autres, la maladie qui dure, le travail qui ne vient pas… C’est là, et pas ailleurs, que Dieu nous donne rendez-vous ! A nous de supplier pour obtenir la grâce de pouvoir choisir le pardon plutôt que la rancune, de choisir la vie plutôt que la désespérance, d’accueillir les contrariétés comme des bénédictions, car Dieu ne peut permettre des souffrances inutiles.

Notre part consiste à montrer à Dieu que nous voulons Le préférer, et à le laisser ensuite accomplir son œuvre en nous. Comment ? C’est là que le jeûne prend toute sa place. A la maison, par exemple, nous invitons les enfants qui le veulent, à jeûner le vendredi pendant le carême : en ne mangeant qu’une assiette de pâtes par exemple. Cela peut être également un peu moins de télé ou d’ordinateur, un peu moins de distractions, un peu moins de paroles et un peu plus d’écoute… mais aussi un peu moins de gémissements et plus de louange. Car pour recevoir de Dieu la nourriture, et boire à la source de son cœur, il faut que nous soyons humbles et affamés l Et le lui montrer.

Alors le carême pourra devenir pour moi et tous mes proches, le lieu de la victoire de Jésus, victoire sur toutes les forces d’égoïsme, de peur, ou de tristesse. Victoire qui nous apporte la Paix et la Joie du cœur.

Bon carême à tous

Philippe DURY




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